dimanche 20 mai 2018

Terre noire


Terre noire
noire de tes cheveux
brûlée de ta peau
profonde de ta voix
foulée de ta vie
fertile de ton amour

au printemps tu y sèmes
capucines  œillets
roses et coquelicots
tes mains fines
la retournent comme pâte
au levain prometteur
cette terre
où tu t'agenouilles t'émerveillant
de ses métamorphoses
cette terre
sur laquelle tu te couches
accordant ton cœur à son rythme
la louangeant chaque jour
de ton souffle de ton chant
comme on embrasse une mère
toute ronde de ses enfantements

terre blanche
blanche de tes cheveux
nacrée de ta peau
bercée de ta voix
peuplée de ta vie
divine de ton amour
terre  blanche
blanche  rose
ma mère

Cygne blanc

samedi 19 mai 2018

Gentillesse

On me demande souvent quelle est la technique la plus efficace pour améliorer sa vie. Il est un peu embarrassant d'avouer après des années de recherches et d'expérimentations que la meilleure réponse est : soyez juste un peu plus gentil.

Aldous Huxley

vendredi 18 mai 2018

jeudi 17 mai 2018

Celui qui cherche


Je n'ai aucun droit de m'appeler quelqu'un qui sait... J'étais celui qui cherche, et je le suis encore, mais je ne cherche plus dans les étoiles ou les livres; je commence à entendre les enseignements de mon sang pulsant en moi. Mon histoire n'est pas plaisante, elle n'est pas douce et harmonieuse comme des histoires inventées; elle goûte la folie et l'égarement, la folie et le rêve, comme la vie des gens qui ne veulent plus se mentir à eux-mêmes.

Herman Hesse

mercredi 16 mai 2018

L'été viendra


Être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir comme un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l'été ne puisse venir. Mais il viendra pourtant. Mais il ne vient que pour ceux qui, patients, vivent comme s'ils avaient l'éternité devant eux, si sereinement tranquille et vaste.

Rainer maria Rilke

mardi 15 mai 2018

Être en Vie


L'Amour, quand il surgira dans votre vie, sera comme un tremblement de terre qui ébranle les fondements de votre être, comme un tsunami qui emporte tout. Rien ne restera debout de ce que à quoi vous croyez, ce à quoi vous vous accrochez, ce qui fait votre identité. Cela est inévitable parce que l'Amour, s'il est dans ce monde, n'est pas de ce monde. Il revêt un visage pour nous approcher, mais en Réalité, il est dans tous les sourires qui éclairent cet univers, dans tous les yeux qui brûlent de la flamme essentielle. Il nous prend par la main pour nous reconduire à notre demeure éternelle, à Celle / Celui que nous n'avons jamais cessé d'être, mais cela implique de nous arracher à notre sommeil. Il nous fait rêver, mais c'est pour mieux nous inviter à traverser le rêve qui le recouvre comme un voile l'adorable Danseuse. Alors, le voile étant tombé, la Radieuse se révélant dans sa sublime nudité, nous saurons enfin ce que signifie : être en Vie !...

lundi 14 mai 2018

Plonge !


Si tu veux traverser l’océan rugissant
Prends ta vie en main et plonge dans les vagues.

Ces vagues viennent de si loin
Elles apportent les messages d’un monde nouveau
Combien de temps resteras-tu assis sur ce rivage
Alors qu’une musique divine t’appelle sur l’autre rive ?

Si tu aspires à une vie nouvelle, à une jeunesse et à un cœur tout neuf
Aujourd’hui tu dois embrasser l’océan tumultueux.

Élances-toi aujourd’hui avec une confiance renouvelée
Regarde plus haut, fais l’histoire
Laisse loin derrière toi le ciel ancien
Embellis aujourd’hui ton univers d’un ciel nouveau
Si les voix d’une nouvelle création résonnent en ton être
Tu dois renouveler chacune de tes cellules.

La douleur de l’anéantissement
deviendra le chant d’une nouvelle création.
La noirceur de la nuit
Deviendra la bénédiction du soleil
Maintenant laisse ce vieil idole décrépi du passé tomber en poussière
N’importe quelle pierre sur laquelle tu poseras la main deviendra divine
Ton cœur aspire aux sommets de l’Himalaya
Alors pourquoi s’intéresser aux abîmes de l’océan
Aujourd’hui tu t’élances vers le ciel sans limite
Ouvre tes ailes.

Si tu aspires à traverser l’océan rugissant
Prends ta vie en main
Plonge dans les vagues !

Osho (traduction Dominique Vincent)

dimanche 13 mai 2018

Trois papillons


Les hommes sont comme les trois papillons devant la flamme d’une bougie
Le premier s’en approche et dit:
"Moi je connais l’amour"
Le second vient effleurer la flamme de ses ailes et dit:
"Moi je connais la brûlure de l’amour"
Le troisième se jette au Cœur de la flamme et se consume
Lui seul connait le véritable amour.

Rûmi

samedi 12 mai 2018

Paroles vraies


Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. 

Christian Bobin

vendredi 11 mai 2018

Un seul


Un seul regard reprend tous les regards
Un seul mot libère tous les échos
Un seul geste rompt l'unique fièvre 
Un seul geste rouvre toutes les veines

Nul sang n'est perdu nulle chair vaine

François Cheng

jeudi 10 mai 2018

Distraction de l'infini

La hauteur de la rose n'est pas la hauteur de la pierre,
mais parfois la rose la surpasse en son extase.
La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,
mais son regard va plus loin que les nuages.
Et parfois la lumière l'emporte sur l'ombre,
bien que l'ombre ait toujours le dernier mot. 

Les hiérarchies sont une distraction de l'infini
ou peut-être un accident.
Les hauteurs se supplantent comme tours qui dansent
mais tout tombe de la même hauteur .

Roberto Juarroz

mercredi 9 mai 2018

De rien en rien

Jusqu'à devenir
rien
ainsi je serai
ce rien
que tu ne soupçonnes
pas

dans ce souvenir épinglé
au mur de l'ouvert
dans ce petit bruit d'acouphène
grillon virtuel
dans ce goût de pêche
des matins d'été
dans ce parfum indicible
de l'absence ailée
sur ta peau 
piqûre d'un baiser

dans tes pas 
vers l'ailleurs

de rien en rien
rien à dire
tout à pressentir

Cygne blanc

mardi 8 mai 2018

Connaissance de l'homme

Le Maître dit : 


Si l'on considère les actions d'un homme, si l'on observe les motifs qui le font agir, si l'on examine ce qui fait son bonheur, peut-il cacher ce qu'il est ? 

Confucius

lundi 7 mai 2018

Création mutuelle

Nous devons parvenir 
à ce que le texte que nous lisons nous lise. 
Nous devons faire en sorte que la rose 
Que nous venons de créer rien qu'en la regardant 
Nous crée en même temps


Roberto Juarroz

dimanche 6 mai 2018

Principe d'humanité


Tous les êtres ont un sens inné de la compassion, ce qui est démontré par l'exemple suivant. Si des hommes aperçoivent soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, ils éprouveront tous un sentiment de crainte et de compassion. S'ils manifestent cette crainte et cette compassion, ce n'est pas pour se concilier l'amitié des parents de l'enfant, ni pour s'attirer les éloges de leurs compatriotes et de leurs amis, ni pour maintenir leur réputation.

Tout homme dénué de compassion, ou qui n'aurait pas honte de ses fautes ni horreur des fautes d'autrui, qui ne saurait rien se refuser mais ne céderait rien à autrui, ou ne ferait aucune différence entre le bien et le mal, ne pourrait se prévaloir de faire partie de l'humanité.

La compassion est le principe d'humanité ; la honte et l'horreur du mal sont le principe de justice ; la volonté de refuser pour soi et de céder à autrui est le principe d'observance des rites ; l'inclination à approuver le bien et réprouver le mal est le principe de sagesse. Celui qui, doué de ces quatre principes, prétend ne pouvoir les développer pleinement se fait un grand tort. Celui qui dot que son prince ne peut les développer fait grand tort à son prince.
Si nous savions développer pleinement ces quatre principes qui sont en chacun de nous, ils seraient comme un feu qui commence à flamber, comme une source qui jaillit. Celui qui saurait les développer pleinement pourrait gouverner le monde. Celui qui ne les développe pas n'est même pas capable de remplir ses devoirs envers sa parentèle.

Mencius

samedi 5 mai 2018

Au centre de la fête

On dirait parfois
que nous sommes au centre de la fête.
Cependant au centre de la fête il n'y a personne.
Au centre de la fête c'est le vide.

Mais au centre du vide il y a une autre fête.

Roberto Juarroz (Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

vendredi 4 mai 2018

Credo

Je crois
à la vie à la mort
à la grande amour donnée
ou traversée

Je crois
à la vraie gravité
à la tendresse impitoyable

Je crois
au cœur de la nuit
au cœur de la pluie

Je crois qu’il faut mourir
puis vivre
mourir avant de mourir
pour ne plus aimer mourir

Je crois à l’entrée en résonance
à l’entrée
en évidence
à la toute transparence

Je crois ne rien pouvoir haïr
de ce que j’ai fait

Je crois au regard renversé
je crois
que chacun peut sortir vivant d’ici

Je crois au rassemblé
à l’ouvert
au levé
au tremblé
au centième de soupir

Je crois que tout mot juste
vient de l’intérieur du ciel
et que ce ciel
vrille au plus profond de nous

Je crois à la ferveur fluide

Je crois
qu’il faut anéantir
pour magnifier

Je crois à Artaud
lorsqu’il faisait l’exposition Van Gogh
au pas de course
pour mieux la regarder
pour mieux la restituer

Je crois à Albert Ayler
lorsqu’il joue à l’enterrement de Coltrane
dans une incandescence
réfractée
réfractaire
à l’horizon du déluge

Je crois
comme le Conrad du Cœur des ténèbres
qu’il faut avancer
dans sa propre obscurité
pour y voir clair

Que le frémissement
ne peut jamais surgir
là où sont la honte
la haine
la peur

Je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

Je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

Je crois comme Trakl
qu’on peut boire le silence de Dieu

Je crois
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

Je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

Je crois aux cassures de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

Je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

Je crois qu’il faut penser
comme chute une météorite
comme pleure une étoile-mère

Qu’il faut saisir
l’intime conscience de son désastre
pour commencer
à vraiment sourire
pour s’aventurer
au plus bleu du bleu

Zeno Bianu

jeudi 3 mai 2018

Sauvetage

Un poème sauve un jour.
Plusieurs poèmes pourront-ils
sauver la vie entière ?
Ou suffit-il d’un seul ?
 


Roberto Juarroz (Treizième poésie verticale).

mercredi 2 mai 2018

Du plus loin


Du plus loin des voix éteintes
les étoiles à nu
blanches de langues

en amont du sans-fin
qui creuse les tempes

un devenu-ciel anéanti
comme on agrippe sa naissance

Zeno Bianu

mardi 1 mai 2018

lundi 30 avril 2018

Entre deux puits

Être.

Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessous. 

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s'arrêtera un instant .

Roberto Juarroz

dimanche 29 avril 2018

Goutte de ciel

Une goutte de ciel est tombée dans mon café ce matin. C'est un éclat de soleil qui m'a tiré de la nuit pour me reconduire à l'immensité de ton regard bleu. Oh ! Le temps s'oublie dans les bras de l'éternité. Sans toi.

samedi 28 avril 2018

Amour définitif

Il est dans la nature de tout amour définitif, tôt ou tard, de ne pouvoir atteindre l'aimée que dans l'infini.

Rainer Maria Rilke

vendredi 27 avril 2018

Au plus obscur de l'heure

Ne plus te chercher
ni en toi
ni en moi
Abandonné
Au battement solidaire 
entre deux abîmes
La vie promise
La vie donnée 
Au plus obscur de l'heure
du lieu
Au plus insu
de soi

François Cheng

jeudi 26 avril 2018

Vacance


Un temps de silence,
un temps de vacance
qu'emplit l'évidence :
le chemin passe par l'absence.

mercredi 25 avril 2018

Intempérie totale


Une écriture qui supporte l'infini,
les crevasses qui s'étoilent comme le pollen,
la lecture sans pitié des dieux,
la lecture illettrée du désert.

Une écriture qui résiste

à l'intempérie totale.
Une écriture qui puisse se lire
jusque dans la mort. 


Roberto Juarroz (Onzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

mardi 24 avril 2018

Reddition

Sombres décombres
Étouffant néant
De me débattre, je suis las
Je rends les armes
T'offre mes larmes
Et plie la tête, bien bas
Je suis à toi

Sarabacha

lundi 23 avril 2018

Ne rien faire


Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz - Treizième Poésie Verticale

dimanche 22 avril 2018

samedi 21 avril 2018

Mise en danger


Les oeuvres d'art sont toujours le résultat d'avoir été en danger, d'être allé jusqu'au bout d'une expérience, jusqu'au point où nul ne peut aller plus loin.

Rainer Maria Rilke